LES 10 CONDITIONS POUR LE SUCCES DE L’ALLAITEMENT MATERNEL :

Tous les établissements qui assurent des prestations de maternité et de soins aux nouveaux-nés devraient respecter les 10 conditions suivantes :

  1. Adopter une politique d’allaitement maternel formulée par écrit et systématiquement portée à la connaissance de tous les personnels soignants.
  2. Donner à tous les personnels soignants les compétences nécessaires pour mettre en œuvre cette politique.
  3. Informer toutes les femmes enceintes des avantages de l’allaitement au sein et de sa pratique.
  4. Aider les mères à commencer d’allaiter leur enfant dans l’heure qui suit la naissance.
  5. Indiquer aux mères comment pratiquer l’allaitement au sein et comment entretenir la lactation, même si elles se trouvent séparées de leur nourrisson.
  6. Ne donner aux nouveaux-nés aucun aliment ni aucune boisson autre que le lait maternel, sauf indication médicale.
  7. Pratiquer la cohabitation mère-enfant 24 heures par jour.
  8. Encourager l’allaitement au sein à la demande de l’enfant et de la mère.
  9. Ne donner aux enfants nourris au sein aucune tétine artificielle ou sucette.
  10. Encourager la constitution d’associations de soutien à l’allaitement maternel et leur adresser les mères dès leur sortie de l’hôpital ou de la clinique.

Source :

protection, encouragement et soutien de l’allaitement maternel :

Le rôle spécial des services liés à la maternité Déclaration conjointe de l’OMSet du FISE. Publié par l’OMS – 1211 Genève, 27 Suisse

Feuillet du Docteur J Newman : © la leche league France - l'allaitement de jumeaux et plus - révisé oct 2001

Peut être imprimé, distribué ou reproduit à condition d'en mentionner la source

www.lllfrance.org

13. Encore d’autres mythes sur l’allaitement 7. Il est trop difficile d'allaiter des jumeaux. C'est faux ! Il est plus facile d'allaiter des jumeaux que de leur donner le biberon, quand l'allaitement se passe bien. C'est pourquoi il est d'autant plus important de bien veiller à ce que l'allaitement démarre bien quand la mère a donné naissance à des jumeaux (voir le feuillet n° 1, Bien commencer l'allaitement). Des femmes ont réussi à nourrir exclusivement au sein des triplés. Cela demande évidemment beaucoup de temps et de travail, mais de toute façon les naissances multiples demandent beaucoup de temps et de travail, quel que soit le mode d'alimentation choisi. ALLAITEMENT ET CESARIENNE. (Par Béatrice Chauvière – sage-femme)

Les femmes qui ont subi une césarienne, donnent, comme les autres, naissance à leur enfant, et, comme les autres, elle peuvent allaiter si elles le désirent. Comme après l’accouchement par voie basse, il faudra respecter le choix de la maman et créer l’environnement propice au bon démarrage de l’allaitement. Ce choix des mamans passe souvent au second plan quand il s’agit d’une naissance par césarienne. Sous prétexte de la ménager, nous lui imposons des habitudes de service qui vont nuire à l’allaitement. Et pourtant, pour elle, encore plus que pour les autres, la réussite de cet allaitement va être primordiale. Les témoignages de mamans nous le prouvent :

… On a pu faire naître mon bébé sans mon aide, mais personne ne pourra lui donner le sein à ma place !

… Allaiter après une césarienne, c’est recréer le lien avec l’enfant, lien coupé en même temps que mon ventre.

… J’avais perdu confiance en mon corps, en moi, en la nature. Après cette épreuve, vint le lait : re-compensation, je repartais dans la norme, la nature, mon corps fonctionnait magnifiquement pour cela.

Forts de ces témoignages, nous aurons à cœur d’aider la maman à installer spontanément les gestes qui permettent un allaitement réussi :

· Tétée précoce, dans les 2 heures qui suivent la naissance. On sait que le réflexe de succion est à son maximum pendant cette période, après la sixième heure ce réflexe va diminuer progressivement, pour ne réapparaître vraiment efficacement que vers la 48ème heure.

· Le bébé ne sera pas séparé de sa mère Qui pourra le mettre au sein, aussi souvent, aussi longtemps, qu’elle le voudra.

· Ne donner aucun biberon de complément Si un complément est nécessaire pour raison médicale, on le donnera à la tasse ou à la petite cuillère pour préserver l’allaitement.

· Adopter une bonne position au sein Qui va stimuler efficacement la montée de lait et éviter les crevasses et les engorgements.

Reprenons ces 4 règles et voyons si elles sont applicables aux mamans qui ont subi une césarienne :

· Tétée précoce : Grâce aux progrès de l’anesthésie, les césariennes, aujourd’hui se font sous anesthésie péridurale ou sous rachianesthésie. La période des 2 heures qui suivent l’intervention est un moment privilégié pour mettre le bébé au sein. La maman est encore sous l’effet des anesthésiants et ne ressent aucune douleur. Si les tétées sont précoces, le taux de réussite de l’allaitement est le même que celui des accouchements par voie basse. Même lors de césariennes sous anesthésie générale, dès que possible il faudra mettre le bébé au sein.

… Le sein fut le lieu de notre première rencontre… après deux accouchements normaux, je me réveillais d’une césarienne faite en urgence, pour moi le monde s’écroulait, j’étais désespérée, frustrée, incapable et douloureusement clouée sur ce lit. Lorsqu’on m’a apporté le bébé, deux heures après sa naissance, je l’ai pris sur moi, joue contre joue, et je me suis mise à pleurer… sur mon sort. C’est alors que les yeux biens ouverts, la tête relevée, il s’est mis à chercher le sein. Un peu comme s’il me disait : « et alors, tout ne fait que commencer, j’existe, je suis là, tu es celle dont j’ai besoin ». Ce fut comme une gifle je et cessais de pleurnicher, il téta longuement…

· Le bébé ne sera pas séparé de sa mère Pourquoi décider pour la maman de ce qui est bien ou non pour elle ? … A peine arrivée dans ma chambre, j’ai réclamé mon enfant. Mais on m’a conseillé de me reposer. Me reposer, je n’ai pratiquement pas fermé l’œil de la nuit, tant mon bébé me manquait cruellement.

Bannissons les conduites systématiques …. J’ai accepté d’obéir au règlement et laisser emporter ma fille à la nurserie les deux premières nuits en pensant que c’était bien pour mon repos. Quelle blague, comment aurais-je pu me détendre avec les bruits ambiants de la maternité, les allées et venues incessantes, ne sachant pas si mon fils était parmi ceux que j’entendais pleurer.

Laissons des choix aux parents … Mes heures nocturnes de douleurs, ma petite fille à coté, ce n’était rien. … Le sein m‘a permis de recoller les morceaux éclatés dans ma tête. Entre les perfusions, l’immense lassitude, le mal dans le ventre, la frustration, une oasis, ma petite fille qui tète, ma poitrine qui se remplit de lait.

Cette séparation peut avoir des conséquences néfastes, non seulement pour le bon démarrage de l’allaitement, mais aussi pour l’établissement du lien mère-enfant.

… Je n’ai revu mon enfant que quelques heures après ! Terrible séparation qui, je crois, fut déterminante dans la non relation les premiers temps avec mon bébé. Il m’a fallu plusieurs semaines pour surmonter ma déception, ma fatigue et pour pouvoir me reconnaître comme mère et le reconnaître comme fils. Heureusement que nous étions deux, mon fils a eu un père avant d’avoir une mère… J’ai allaité, j’ai tenu le coup, je voulais absolument y arriver, comme pour me rattraper. Cela m’a aidée à me reconsidérer comme une bonne mère.

· Ne donner aucun biberon de complément … A 6 heures du matin, j’ai réclamé mon bébé. Alors que j’avais maintes fois dit que je voulais l’allaiter, mon me l’a amené en me disant qu’il venait de prendre un biberon…

Les biberons de compléments donnés sans raison médicale vont perturber le début de l’allaitement. Le bébé va apprendre à téter différemment, ne stimulera pas l’aréole quand il ira au sein. Le sein mal stimulé ne produira pas assez de lait. Le bébé qui tête le sein comme le biberon va provoquer des douleurs au niveau du mamelon. Nous nous retrouverons dans un cercle vicieux, crevasses engorgements, lactation qui diminue, donc à nouveau, compléments.

· Adopter une bonne position au sein

On connaît maintenant l’importance primordiale de la bonne position au sein du bébé, non seulement pour la stimulation de la montée laiteuse mais également pour la prévention des crevasses et des engorgements.

Bonne position : · Corps du bébé tourné en placé face à sa mère · Visage face au sein, bouche dans l’axe du mamelon (la déglutition, tête tournée n’est pas facile)



· Nez et menton contre le sein · Le maximum d’aréole dans la bouche



Il n’est pas évident de trouver d’emblée une bonne position au sein qui permette au bébé de têter efficacement lors d’une césarienne. Aujourd’hui, les incisions verticales sont peu fréquentes, l’incision horizontale basse plus classique va permettre à la maman de poser son enfant plus facilement sur la partie haute du ventre.

Les différentes positions : Revue de la LLLeague – Allaiter Aujourd’hui – Mars 91

La position allongée :

Les premières heures après la césarienne, certaines mères auront du mal à se tourner et préfèreront la position allongée : sur le dos, un coussin sur le ventre, elles placeront leur bébé perpendiculaire à elles-mêmes, la tête sur le sein et les jambes sous le bras opposé.

La position latérale

Souvent utilisée les premiers jours : la mère est allongée sur le coté, le bébé également sur le coté, face à elle. Installer un coussin pour bien caler le dos et éliminer toute tension. Garder la jambe supérieure fléchie reposant sur un coussin. Un troisième coussin ou une serviette pliée peut être utilisée pour protéger la cicatrice des coups de pieds intempestifs. La tête du bébé est dans le creux du coude de la mère, la bouche est au niveau du sein, ce qui permet une bonne préhension, et donc une bonne succion de l’aréole et non du mamelon.

La position assise dans le lit

La maman se cale le os avec de gros coussins, un autre coussin sera placé sous les genoux. La position au sein du bébé sera la même que pour toutes les autres mères : tout le corps du bébé tourné vers le corps de la mère, sa tête reposant au creux du coude

La position assise hors du lit

Quand la maman se sentira à l’aise pour se lever, elle aura peut-être envie de s’asseoir dans un fauteuil ou sur une chaise. En reposant ses bras sur l’accoudoir ou sur de gros oreillers, en appuyant ses pieds sur une cuvette retournée, de façon à ce que les genoux soient fléchis et reposent sur les cotés, la maman souffrira moins de son adbdomen.

La position dite en « ballon de rugby »

Le corps de l’enfant passe sous l’aisselle de la maman et ne repose donc pas sur le ventre. Il suffit alors de maintenir ma tête du bébé sur un coussin ou sur les jambes pliées de sa mère.

Cas particuliers : bébé transféré

Il faudra avoir une attention toute particulière pour els mamans dont le bébé a été transféré : · Demander à la maman de stimuler manuellement l’aréole toutes les trois heures, la photo de son bébé près d’elle · Porter rapidement des coquilles · Utiliser un tire lait des que cela est possible, pas trop vite, les mamans se découragent parfois en ne voyant rien dans le biberon de recueil du tire-lait, commencer par la stimulation manuelle. · Se rendre près de son bébé dès qu’elle y est autorisée · Prévenir le service de néonatologie du désir de la maman d’allaiter, afin qu’il en tienne compte dans la manière dont il va nourrir le bébé · Prévoir dans les services de néonatologie un endroit discret où les mamans et les bébés pourront se rencontrer. Il est difficile de se mettre dans de bonnes conditions pour allaiter, près d’une couveuse ou sous les regards du personnel et des visiteurs








Comment respecter ces règles indispensables au bon démarrage de l’allaitement ? « il n’y a pas de seins qui fabriquent peu de lait, il n’y a que des allaitements mal démarrés » (1)

Le cap le plus difficile à passer pour toue maman césarisée, sont les 48 premières heures. On devrait permettre au papa, ou à un proche de rester avec elle pendant cette période sensible où elle est immobilisée, donc dépendante. Cette personne pourrait être le relais entre la maman et l’équipe médicale. Elle pourrait l’aider dans les menus gestes quotidiens, pour lesquels elle hésite à appeler le personnel. Cette présence familière sécurisera la maman et le personnel qui laissera plus volontiers le bébé dans la chambre, permettant ainsi la mise au sein à la demande, évitera les compléments, conditions indispensables à la bonne mise en route de l’allaitement. La manière dont ces règles vont être respectées par le personnel de la maternité va avoir une influence considérable sur la santé physique et psychique du bébé et de sa maman. Des groupes de réflexion se forment dans les maternités actuellement pour discuter et modifier les habitudes routinières, nuisibles à l’allaitement. Nous devons avoir conscience de ce qui peut se tramer dans la tête d’une maman qui estime bien souvent avoir raté son accouchement, en ayant eu une césarienne et qui a subi un deuxième échec en ratant son allaitement. L’allaitement maternel n’est pas seulement la meilleure façon de nourrir son bébé, c’est aussi pour elle une façon de se réconcilier avec le corps qui lui a fait défaut.

… L’accouchement idéal b’était plus une histoire de couple, de famille. La naissance devenait une opération chirurgicale. J’étais frustrée, coupée de cette lignée de femmes. J’étais incapable d’accoucher normalement, de laisser sortir mon enfant de moi. Après cette épreuve vint le lait : re-compensation, je repartais dans la norme, la nature, mon corps fonctionnait magnifiquement pour cela.

… L’allaitement et le maternage m’ont apporté beaucoup de bonheur et m’on permis de restaurer mon image de mère, non seulement vis-à-vis de moi-même mais aussi de mon bébé et des autres.

… Grâce à l’allaitement, j’ai découvert que l’aventure la plus merveilleuse de tout cela était la vie avec l’enfant… l’accouchement étant une petite partie de cette vie.

Témoignages de mamans : revue « allaitement aujourd’hui » (allaitement et césarienne, oui, c’est possible, n°6 – 1991) Revue trimestrielle de la Leache League France

(1) « L’allaitement » - Marie Thirion – nouvelle édition – Albin Michel – 1995



L’ALLAITEMENT MATERNEL DANS UN SERVICE DE NEONATOLOGIE

L’allaitement maternel est un objectif primordial dans un service de néonatologie : d’une part ses avantages sont d’autant plus incontestables que l’enfant est prématuré en raison de sa bonne tolérance digestive et des ses avantages immunitaires. D’autre part, c’est un élément très important de la préservation du lien mère enfant qui est séparée et dépossédée par la technique de son bébé.

Dans notre service, nous défendons cet objectif pas à pas, avec des progrès réguliers, mais beaucoup de travail reste encore à faire.

La première étape est l’information des mamans en maternité, non seulement de la possibilité mais du caractère très souhaitable de l’allaitement malgré la séparation et l’éloignement. Cette incitation à l’allaitement doit être faite lorsque la puéricultrice va chercher le bébé en maternité, puis lorsque la maman téléphone pour prendre des nouvelles du bébé, ou rend visite à son bébé. Il est alors important d’expliquer à la maman l’importance du colostrum, la nécessité d’apporter le lait tous les jours, même si les quantités initiales lui paraissent infimes, de dédramatiser les prises de médicaments qui sont rarement une contre-indication réelle.

La deuxième étape a été l’aménagement d’une petite salle d’allaitement permettant l’intimité maman-bébé, parallèlement à l’ouverture du servie aux parents toute la journée et à l’incitation aux visites. Celles-ci sont malheureusement limitées par l’éloignement mais surtout fréquemment par le manque de moyen de transport dans certaines familles.

La troisième étape est l’introduction de l’alimentation à la tasse, pour éviter la confusion avec la tétine.

Actuellement les difficultés rencontrées pour l’allaitement se posent de façon très différente selon l’importance de la prématurité :

Pour les nouveaux-nés à terme hospitalisés ou les « gros » prématurés de 35 ou36 semaines qui ont d’emblée le réflexe succion-déglutition, l’alimentation peut être donnée à la tasse d’emblée lorsque la mère souhaite allaiter. Après une phase de relative réticence, cette alimentation à la tasse a été bien acceptée par le personnel et les mères. L’un comme l’autre doivent savoir à l’avance et admettre qu’une partie du lait coule sur le bavoir et prévoir une ration un peu plus importante. Pour ces gros prématurés, la ration journalière n’est pas précise au point de ne pas pouvoir s’accommoder de ces pertes. La mise au sein peut se faire rapide ment mais il est important de prévenir la maman des difficultés qu’elle va rencontrer initialement : les quantités prises par l’enfant seront initialement faibles, nécessitant un complément à la tasse. Il est souaitable de masser ou exprimer le sein pour laisser couler le lait dans la bouche lorsque l’enfant tète encore faiblement. Un autre obstacle est la difficulté pour la maman d’être présente juste au moemnt où l’enfant est réveillé, obstacle lié à l’éloignement relatif de la maternité. Il est également important, si le bébé prématuré repart à la maternité alors qu’il ne boit pas encore bien, que la mère ait pu apprendre à donner elle-même à la tasse et que cette technique lui paraisse naturelle et spontanée, de façon à ce qu’elle puisse compléter à la tasse de sa propre initiative lorsque le bébé aura peu tiré au sein.

Pour les petits prématurés, la mise en route de l’allaitement est encore difficile et pose de nombreux problèmes. Le passage du gavage à la tasse peut être envisagé vers 34 semaines, lorsque l’enfant atteint cet âge et n’a pas de problème médical ou lorsqu’il commence à téter à la sonde. Un essai est fait en fin de gavage, de 5 à 10ml. La nécessité de mettre le bébé au sein ou à la tasse après le gavage explique qu’il soit souvent endormi, et peu enclin à téter. L’inverse n’étant pas possible à moins de laisser en permanence une sonde de gavage gastrique qui elle-même gène la succion.

La grande difficulté reste la nécessité de tirer le lait artificiellement jusqu’à cet âge, c'est-à-dire pour un bébé très prématuré du 27 ou 28 semaines pendant presque 2 mois, et ceci représente encore le principal écueil à l’allaitement : beaucoup de progrès restent à faire pour soutenir cet allaitement pendant ce logues semaines.

Enfin, dans tous les cas, l’allaitement repose avant tout sur la motivation des mères (parfois certaines mamans ont le désir de donner du lait maternel à cause de la prématurité, sans avoir nécessairement un réel désir d’allaitement), mais surtout du personnel qui a souvent envie de voir le bébé être capable le plus tôt possible de boire toute sa ration, ce qui est plus facile bien entendu au biberon qu’au sein ou à la tasse. C’est dire l’importance de répéter jour après jour le bonheur pour une maman qui l’a souhaité, de pouvoir allaiter son bébé à la sortie du service de néonatologie. A ce moment encore, plus que pour un nouveau né à terme, le soutien des mamans doit être important, tant l’obsession de la prise des poids régulière est grande pour une maman qui a vu son bébé né si petit.

Dr ZAOUI, Pédiatre, chef du service de néonatologie de Valenciennes



La place du père dans l’allaitement maternel Ou « Chassez le nouveau père, le sale mec revient au galop »

Ce travail a été réalisé à partir de mon expérience de Pédiatre en Maternité et surtout de celle de l’animation d’un « groupe de parole » pour les pères que j’anime depuis dix ans dans le cadre de la préparation à la naissance. C’est aussi le fruit de mon expérience d’homme, de père, et de compagnon d’allaitement.

Quelle nouveauté pour les Pères ?

Depuis quelques années est apparu une nouvelle entité : le « nouveau père ». De quelle nouveauté s’agit-il. La structure masculine est elle changée ? Quoi de neuf dans le couple ?

De tout temps et dans toutes les sociétés la prise en charge de la femme enceinte, l’accompagnement de la femme accouchant et de son petit bébé ont été une affaire de femmes. La femme accouchait entouré de femmes, souvent de sa mère et d’autres femmes de sa famille, toutes personnes susceptibles de lui apporter une transmission et une expérience de femme et de mère. Le père, dans ce type de société est pris en charge de son coté dans des structures divers, mais de toutes manières il est déjà nommé et reconnu en temps que tel sans participation active à l’accouchement.

Maintenant dans les sociétés industrialisées, la famille est extrêmement réduite, bien souvent au statut de famille « nucléaire » (une femme, un homme, un ou deux enfants) isolée au sein d’une vie urbaine. Les grands parents sont loin ou ils travaillent aussi, les frères et sœurs sont, déjà, peu nombreux et également éloignés.

D’autre part la médecine a pris une part très importante dans le déroulement des grossesses et des accouchements. De ce fait de grands progrès ont été réalisés (diminution de la mortalité périnatale et de la prématurité, diminution de séquelles obstétricales, diminution extrême de la mortalité maternelle). Ces progrès on été considérables dans les vingt dernières années. Par contre cette prise en charge médicale approfondie contribue à isoler les femmes enceintes sur le plan affectif.

Face à cette situation si nouvelle, face à ces modifications si profondes de leur corps, face à cette mise en jeu de leur corps dans ce qu’il a de plus féminin, face à l’angoisse sous jacente de l’arrivée et de l’intégrité de ce bébé inconnu, face à l’immensité de l’élaboration d’une « maternité » que la société veut souveraine (le mythe de la bonne et de la mauvaise mère est partout) que retrouvent les femmes ? Des transmissions lointaines et approximatives de la famille et des proches, un discours médical qui ne peut rassurer que sur le bon ou mauvais déroulement de la grossesse et de l’accouchement, des livres ….. et le compagnon.

Celui ci se retrouve donc à accompagner, en première ligne, quelques chose qui est l’essence même de la féminité, quelque chose qui l’a toujours fasciné (ce qui contient autant d’admiration que d’effarement), quelque chose qui met en jeu le corps de sa compagne. Il doit accompagner en étant totalement ignorant et incompétent par rapport à ce qui se passe. Il doit accompagner toute ces choses de la femme en étant un homme pour lui et pour sa compagne. Il doit accompagner sans aucune transmission familiale, traditionnelle et culturelle. Somme toute la société lui crée une nouvelle place, à lui de la prendre ou de la laisser vacante, à lui d’inventer, à lui de chercher où il le peut cette transmission que bien souvent son père ne lui a pas fait.

Si les hommes on fleuris dans les salles de naissance, ce n’est pas parce que leur nature même a changé, mais bien parce que leurs compagnes leur ont demandé de venir avec elle pour la « grande aventure ».

Quels enjeux ?

Devant la magie et la toute puissance de l’allaitement maternel, les hommes vont régir de manière très différentes. Toutes ces réactions seront bien sur liées à l’histoire de chacun, à ses propres rapports à : - l’alimentation - l’image du corps de sa femme et des seins en particulier - sa place dans l’élaboration du lien mère-enfant - sa mère … bien sur et toute une kyrielle de sentiments tous plus cachés et ambivalents les uns que les autres, et dont la prise de conscience chez tous remplirait à coup sur les cabinets de tous les psychanalystes de France … d’ailleurs.

Restons donc sur la terre. Comment réagit un homme devant son bébé au sein de sa femme…, qui est aussi la mère du bébé ?

Le sentiment le plus exprimé est celui de magie, de force, de puissance.

Ensuite plane toujours un fond de frustration : et moi dans cette histoire, est-ce que je ne pourrai pas nourrir mon enfant aussi ? Mais encore, est-ce que je ne pourrai pas prendre le sein de ma femme ? Frustration par rapport à l’enfant, frustration par rapport à la femme. Frustration par rapport à l’alimentation (donner la vie), frustration par rapport à la relation corporelle.

Ambivalente éternelle, survenant après neuf long mois où toutes ces questions s ‘étaient déjà agitées. Mais une grossesse a une fin, le bébé arrive, on peut enfin le voir, le toucher, l’avoir pour soi. Et alors, cet allaitement semble vouloir pérenniser cet état symbiotique, et une nouvelle question surgit : Un allaitement a-t-il une fin ?

C’est avec cet ensemble d’éléments mal dominés, contradictoires, qu’il nous faut travailler au quotidien pour que l’allaitement maternel puisse s ‘épanouir pour le bien-être de l’enfant sans que le père ne se sente menacé ou remis en question dans sa fonction masculine ou paternelle.

Quelles solutions ?

Il est bien évident qu’il n’y a pas de solution univoque, pas de remède miracle. Chaque cas doit être pris en charge avec les spécificités propres à chaque cellule familiale. Cependant un certain nombre de données doivent être dégagées, afin qu’une prise de conscience générale puisse s’établir. Ce n’est, en effet, qu’à partir de celle ci qu’un réel travail pourra s’effectuer avec les jeunes pères, afin qu’ils ne se sentent pas mis à l’écart ni de leur enfant, ni de leur femme, ni de la société. Au niveau des maternités

Les pères ne doivent pas être des visiteurs. Ils sont parties prenantes dans la vie de l’institution, auprès de leur femme et de leur enfant. Il ne faut pas oublier que ce n’est pas seulement un enfant qui naît en maternité mais c’est surtout la naissance d’une famille qui se joue (BRAZELTON). Ils ne doivent donc être soumis à aucun horaire de visites, au contraire il faut les encourager à être présent le plus possible, si possible à dormir sur place, ou tout au moins à partager des moments-clés dans la vie du post partum (les soirées les plus longues possibles, les repas et surtout le petit déjeuner où Super Papa arrive avec les croissants tout chauds, recevoir la difficulté de la nuit que le bébé ne veut pas faire.

Favoriser l’intimité de cette famille naissante en leu ménageant des temps « à eux » et cela dès la naissance. Il faut aussi aménager dans les maternités des lieux où l’on peut « faire famille » sans avoir peur d’être dérangé, ni de déranger quiconque. Favoriser la présence des frères et sœurs du bébé, quand il y en a, relève de la même dynamique.

Il faut, bien sur, accompagner les allaitements afin qu’ils soient le plus épanouis possible. Il faut éviter toutes les contraintes d’horaires et de quantité qui seront sources de « et si on lui donnait un petit biberon de complément pour voir s’il a assez ? ». Parole qui vient faire choc dans l’ambivalence de ce jeune père, biberon qui vient s’installer en concurrent déstabilisateur dans l’ambivalence de cette jeune mère.

Au niveau du travail avec le couple

Il fait pouvoir parler avec chacun des difficultés et des questions posées par cet allaitement. Il faut que la décision du type d’allaitement soit prise en couple après une information aussi précise que possible et dès avant la naissance. Il faut que cet allaitement soit vécu en couple et puisse être parlé au quotidien dans le couple.

Au niveau du père

Comment l’aider à vivre au quotidien cet allaitement qui « l’interpelle au niveau de son vécu » ? Par rapport à son bébé, il faut qu’il puise élaborer une relation corporelle précoce. Pour cela il faut favoriser le porter, le toucher, les massages. Si donner le bain est une bonne chose, le prendre avec son enfant en est une bien meilleure (on peut le faire très tôt). Le porte-bébé ventral reste une très bonne thérapeutique palliative à l’envie d’être enceint.

Pour ce qui est de la relation alimentaire à l’enfant, cessons de clamer que le biberon de la nuit est le biberon du père, c’est un peu restrictif. Si biberon il doit y avoir, cessons de le nommer « biberon de complément », nommons le « biberon de soulagement ». Car si la mère suffit toujours à son bébé, elle a aussi le droit à exprimer ses limites, alors le biberon a sa place, pour la soulager et non pour la concurrencer. Il devient alors positif, bon pour la mère, pour l’enfant et pour le père qui le donne. Le père peut aussi jouer un rôle alimentaire au moment de la diversification de l’alimentation et prendre à son compte la réalisation de soupes et compotes « maisons » dont il remplira le congélateur. Surtout, il peut avoir un rôle alimentaire par rapport à sa femme. C’est le moment où jamais pour la « bichonner » sans oublier son propre estomac. On peut très bien admettre que le foie gras, le homard et la langouste sont bon pour l’allaitement maternel … et pour le moral. Pour ce qui est du rapport au corps de la femme allaitant, il faut admettre qu’il y ait des questions, il ne faut pas apporter de réponses toutes faites, il faut laisser les couples libres en se contentant de faire tomber tous les tabous. Ce qui reste difficile car ils sont nombreux tant chez les hommes que chez les femmes. Tout ceci peut être résumé par le tableau de la femme donnant le sein à son bébé tout en étant dans les bras du père. La femme est quand même bien mère, et le père reste quand même bien homme. Cette formulation qui peut paraître une La Palissade me paraît cependant résumer l’essentiel du problème des couples actuels face à la gigantesque « Révolution » que représente l’arrivée d’un bébé dans une famille.

Docteur Alain BENOIT Pédiatre Clinique des Vallées 92290 Chatenay Malabry

A Lire : « L’allaitement de mon enfant » M.D. MARIE & C. MOREIRA Collection Hachette-Parents